
Les Yeux sur l'Ecran La passion du cinéma

Réalisé par Tom FordAdaptant un roman de Christopher Isherwood, le couturier Tom Ford signe un premier long-métrage sensible et digne, aux résonances universelles. Colin Firth incarne George Falconer, un professeur d’université britannique dans le Los Angeles des années 1960. Après dix ans de vie commune, George perd Jim, son compagnon, dans un accident de la route. Comment se reconstruire lorsqu’on a perdu l’amour de sa vie ? Comment vivre avec sa solitude ? Telles sont les questions posées par ce drame assez émouvant, porté par un Colin Firth en état de grâce. Une journée durant, George pense au suicide, avant qu’une série de rencontres lui fassent prendre conscience que la vie vaut la peine d’être vécue. Il peut compter sur Charley (Juliane Moore, magnifique), son amie de toujours, ou encore sur l’un de ses jeunes étudiants…
Sur le fond, rien à redire, impossible de ne pas être ému par
cette histoire traitée avec dignité et sobriété. La forme s’avère en revanche moins convaincante, la mise en scène s’apparentant plus à une publicité pour un parfum de luxe. Tom Ford vient de la
mode et cela se voit parfois un peu trop. On se serait également passé de ces flashbacks un peu lourdingues renvoyant à l’image de l’être disparu. Mais que ces quelques fautes de goût de vous
empêchent pas d’apprécier à sa juste valeur un film touchant et émouvant, emmené par des acteurs formidables.

Qui aurait parié que le dernier projet de Wes Anderson, enfant chéri d’un certain cinema indépendant américain, adepte d’une douce ironie teintée d’un humour aigre-doux, soit un film d’animation en stop-motion (animation images par images) adaptant Le fantastique maître Renard de Roald Dahl ? Personne. Mais une fois la surprise passée, impossible de ne pas constater que cet univers va comme un gant au réalisateur de La famille Tenenbaum et La vie aquatique. Même humour décalé, mêmes personnages lunaires, même ambiance délirante mais toujours avec un soupçon de mélancolie… La grande force de Fantastic Mr. Fox étant d’offrir un spectacle susceptible de plaire autant aux enfants qu’aux adultes. Les premiers apprécieront des gags simples et savoureux tandis que les seconds se délecteront du second degré permanent ainsi que des nombreux clins d’œil qui parsèment le récit.
George Clooney prête sa voix à ce « fantastique M.
Renard », un ancien voleur de poules reconverti dans le journalisme. Lorsqu’il s’installe avec sa petite famille non loin de trois exploitations agricoles, l’envie de commettre des larcins
reprend vite le dessus. Les ennuis commencent alors, pour le plaisir de nos zygomatiques !
Porté par un casting de voix impérial (Clooney donc, mais aussi Bill Murray, Meryl Streep ou encore Jason Schwartzmann) et par l’excellente bande-son d’Alexandre Desplat, Fantastic Mr.
Fox est un délicieux cocktail d’aventures et d’humour. L’animation en stop motion apporte quant à elle une fraicheur et un côté artisanal plus que bienvenus. Bref, le dernier Wes
Anderson est une œuvre jubilatoire, un peu barrée et définitivement sympathique.
Visuels : © Twentieth Century Fox France
Réalisé par Léa FazerDécidément, ce n’est pas avec cette énième comédie bâclée que le cinéma populaire français se portera mieux. Mise en scène fainéante et télévisuelle, acteurs en roue libre, scénario bourré de clichés… Mis à part les prestations très correctes d’Aïssa Maïga et de feu Jocelyn Quivrin, il n’y a strictement rien à sauver. Le rythme est poussif, les dialogues peu inspirés et les gags aussi légers qu’un char d’assaut. L’idée de départ, consistant à proposer une sorte d'anti-Tanguy en inversant les rôles entre les générations, n’était pourtant pas mauvaise. Malheureusement, celle-ci s’avère très mal exploitée et le récit enchaîne des scènes aussi caricaturales que grotesques. Encore un gros ratage donc, qui fera les belles heures des soirées télévisées. Sa vraie place est de toute façon là, et certainement pas sur un écran de cinéma.

Librement adapté du conte de Charles Perrault Le Petit Poucet, Jeannot l’intrépide possède une
grande valeur historique. Il s’agit en effet du premier long-métrage d’animation français, sorti en 1950 ! Une vraie rareté donc, entièrement restaurée par les archives françaises du
film, et une ressortie bienvenue à l’initiative de Carlotta.
Très colorées et poétiques, les aventures de ce petit bonhommes très courageux séduiront à coup sûr les enfants. Ce cocktail d’aventures et d’action se suit plutôt bien, avec une mention spéciale
aux scènes situées dans Insectville, une superbe cité où vivent abeilles, chenilles et papillons en tout genre. Ces scènes, très drôles de par leur anthropomorphisme très poussé, étant les plus
susceptibles de plaire aux adultes. Malgré quelques longueurs sur la fin, Jeannot l’intrépide est une jolie réussite, à la valeur pédagogique certaine, et dont le charme un brin suranné
suscite une douce nostalgie.

12 jurés, un accusé, et un verdict à prononcer. L'histoire de 12 hommes en colère est connue, la pièce de Reginald Rose ayant été adaptée brillamment par Sydney Lumet pour le chef-d'œuvre que l’on sait. Mais l’intérêt de ce 12 se situe dans son contexte entièrement russe. Comme la pièce d’origine, le film de Mikhalkov dénonce un certains nombres de travers de la société russe, comme le racisme ou l’antisémitisme. Ici, l’accusé est un jeune tchétchène…
Contrairement à la version de Sydney Lumet, Nikita Mikhalkov se permet quelques entorses au principe de
huis-clos et filme plusieurs flashbacks racontant la jeunesse de l’accusé. On voit également celui-ci prostré dans sa cellule… Finalement, ces scènes – souvent lourdes – ne font pas le principal
intérêt de 12, qui trouve toute sa puissance dans le strict cadre du huis-clos. Dans la pièce réservée au jury (un vieux gymnase aménagé pour l’occasion !), chaque membre y va de
son monologue de plusieurs minutes, ce qui donne lieu à d’exceptionnelles performances d’acteurs. Ces joutes verbales, filmées de main de maître, font toute la saveur et l’émotion de ce 12
hommes en colère typiquement russe. Malgré sa durée importante (2 h 30 tout de même), on ne s’y ennuie jamais.
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