Les Yeux sur l'Ecran La passion du cinéma
Réalisé par Darielle TillonSynopsis : David et Eric, deux frères d'une vingtaine d'années tiennent "le ranch", snack bar d'un camping perdu dans les dunes d'une immense plage normande. C'est la fin de la saison, les surfeurs et les touristes se font rares. Gagnés par "l'inertie" ambiante, David et Bouclette (monitrice du Poney club) tentent doucement d'envisager la saison creuse et les mois à venir... Eric, le frère aîné, semble pour sa part tourmenté, tiraillé... Il est déjà un peu "ailleurs". Un jour, il disparaît... pour de bon... (source Allociné).
Concentrant toutes les tares d’un certain cinéma d’auteur subventionné, le premier long-métrage de Darielle Tillon excelle dans l’art de filmer le vide et l’ennui avec une prétention qui fait froid dans le dos. Au menu de ce road-movie pseudo évanescent, on s’amusera à compter les longues plages de silence qui pensent en dire beaucoup, les regards vides d’acteurs sous Prozac, sans compter les tremblotements d’une caméra qui semble ne jamais savoir ce qu’elle fait là. Seul moment rigolo de ce calvaire pelliculé, les cinq minutes de concert électro-rock durant lesquelles le chanteur beugle un « suce mon nerf optique » du plus bel effet. C’est peu.
Réalisé par Lone ScherfingLondres, 1961. Coincée dans un quotidien protégé mais strict et ennuyeux, Jenny, une jeune fille de 16 ans, sent souffler le vent de liberté qui commence à animer la jeunesse britannique. Elève brillante, elle se prépare à intégrer Oxford. Mais sa rencontre avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle va changer la donne. Jenny commence à fréquenter la bonne société et les soirées mondaines. Rebelle, avide de culture et de découverte, la jeune fille devient une femme, au grand dam de ses parents…
Portée par une interprétation sans faille et des dialogues finement écrits, cette adaptation de
l’autobiographie de la journaliste Lynn Barber offre une plongée réaliste dans une Grande-Bretagne en pleine transition, passant de l’apathie de l’après-guerre à la libération des mœurs des
sixties.
Dans le rôle de Jenny, Carrey Mulligan est une
véritable révélation. Elle parvient sans mal à incarner cette adolescente ambivalente, en proie au questionnement et au doute. Face à elle, Peter Saarsgard est impeccable en dandy drôle,
séducteur et cultivé. Quant à Alfred Molina, il excelle comme à son habitude en père autoritaire et quelque peu dépassé par les événements.
Tous les ingrédients d’une excellente chronique sont donc réunis. Seulement voilà, la mise en scène de Lone Scherfig s’avère d’un académisme effrayant. Malgré une jolie photographie, la forme globale du long-métrage demeure complètement figée, la faute à une absence totale d’inventivité, que ce soit au niveau du montage comme des cadrages. Dommage, car l’histoire reste agréable et portée par des acteurs hors-pair. Une éducation, par sa maîtrise narrative et sa fainéantise esthétique, se pose donc en candidat sérieux pour les Oscar…
Visuels : © Metropolitan FilmExport
Réalisé par Wang Quan An
Lily, ouvrière dans l’industrie textile, partage son quotidien entre un travail éprouvant, un mari qu’elle
n’aime plus, et l’éducation de son fils. Une vie difficile, marqué par l’ennui et les difficultés financières. Hélas, les choses ne s’arrangent pas le jour où elle apprend qu’elle est atteinte
d’une maladie incurable. Condamnée, Lily part sur les traces de son passé…
Avec un pitch pareil, il n’aurait pas été difficile de sombrer dans le pathos et le sujet tire-larmes. Pourtant, le cinéaste chinois Wang Quan An, qui signe avec La tisseuse son
quatrième long-métrage, s’en tire bien et parvient à faire surgir un réelle émotion.
Pour incarner Lily, le cinéaste retrouve Yu Nan, son actrice
fétiche. La jeune femme, au jeu aussi intense que fragile, signe une interprétation éblouissante, et porte à elle seule le film sur ses épaules. La mise en scène, sobre et naturaliste, n’est pas
dénuée d’intérêt et s’adapte parfaitement au ton du long-métrage. Car devant un sujet aussi grave, Wang fait preuve d’une grande pudeur. Selon les situations, la caméra s’avance ou recule, pour
épouser au mieux les tourments intimes de son héroïne.
Lent, contemplatif et peu bavard, La tisseuse fait le choix de la sobriété. Au détour d’un regard, d’un silence, l’émotion affleure, pour ne plus lâcher le spectateur. Un bon film donc,
même si un certain manque de rythme se fait parfois sentir.
Réalisé par Tom FordAdaptant un roman de Christopher Isherwood, le couturier Tom Ford signe un premier long-métrage sensible et digne, aux résonances universelles. Colin Firth incarne George Falconer, un professeur d’université britannique dans le Los Angeles des années 1960. Après dix ans de vie commune, George perd Jim, son compagnon, dans un accident de la route. Comment se reconstruire lorsqu’on a perdu l’amour de sa vie ? Comment vivre avec sa solitude ? Telles sont les questions posées par ce drame assez émouvant, porté par un Colin Firth en état de grâce. Une journée durant, George pense au suicide, avant qu’une série de rencontres lui fassent prendre conscience que la vie vaut la peine d’être vécue. Il peut compter sur Charley (Juliane Moore, magnifique), son amie de toujours, ou encore sur l’un de ses jeunes étudiants…
Sur le fond, rien à redire, impossible de ne pas être ému par
cette histoire traitée avec dignité et sobriété. La forme s’avère en revanche moins convaincante, la mise en scène s’apparentant plus à une publicité pour un parfum de luxe. Tom Ford vient de la
mode et cela se voit parfois un peu trop. On se serait également passé de ces flashbacks un peu lourdingues renvoyant à l’image de l’être disparu. Mais que ces quelques fautes de goût de vous
empêchent pas d’apprécier à sa juste valeur un film touchant et émouvant, emmené par des acteurs formidables.

Qui aurait parié que le dernier projet de Wes Anderson, enfant chéri d’un certain cinema indépendant américain, adepte d’une douce ironie teintée d’un humour aigre-doux, soit un film d’animation en stop-motion (animation images par images) adaptant Le fantastique maître Renard de Roald Dahl ? Personne. Mais une fois la surprise passée, impossible de ne pas constater que cet univers va comme un gant au réalisateur de La famille Tenenbaum et La vie aquatique. Même humour décalé, mêmes personnages lunaires, même ambiance délirante mais toujours avec un soupçon de mélancolie… La grande force de Fantastic Mr. Fox étant d’offrir un spectacle susceptible de plaire autant aux enfants qu’aux adultes. Les premiers apprécieront des gags simples et savoureux tandis que les seconds se délecteront du second degré permanent ainsi que des nombreux clins d’œil qui parsèment le récit.
George Clooney prête sa voix à ce « fantastique M.
Renard », un ancien voleur de poules reconverti dans le journalisme. Lorsqu’il s’installe avec sa petite famille non loin de trois exploitations agricoles, l’envie de commettre des larcins
reprend vite le dessus. Les ennuis commencent alors, pour le plaisir de nos zygomatiques !
Porté par un casting de voix impérial (Clooney donc, mais aussi Bill Murray, Meryl Streep ou encore Jason Schwartzmann) et par l’excellente bande-son d’Alexandre Desplat, Fantastic Mr.
Fox est un délicieux cocktail d’aventures et d’humour. L’animation en stop motion apporte quant à elle une fraicheur et un côté artisanal plus que bienvenus. Bref, le dernier Wes
Anderson est une œuvre jubilatoire, un peu barrée et définitivement sympathique.
Visuels : © Twentieth Century Fox France
Derniers Commentaires