Les Yeux sur l'Ecran La passion du cinéma
Réalisé par Léa FazerDécidément, ce n’est pas avec cette énième comédie bâclée que le cinéma populaire français se portera mieux. Mise en scène fainéante et télévisuelle, acteurs en roue libre, scénario bourré de clichés… Mis à part les prestations très correctes d’Aïssa Maïga et de feu Jocelyn Quivrin, il n’y a strictement rien à sauver. Le rythme est poussif, les dialogues peu inspirés et les gags aussi légers qu’un char d’assaut. L’idée de départ, consistant à proposer une sorte d'anti-Tanguy en inversant les rôles entre les générations, n’était pourtant pas mauvaise. Malheureusement, celle-ci s’avère très mal exploitée et le récit enchaîne des scènes aussi caricaturales que grotesques. Encore un gros ratage donc, qui fera les belles heures des soirées télévisées. Sa vraie place est de toute façon là, et certainement pas sur un écran de cinéma.

Librement adapté du conte de Charles Perrault Le Petit Poucet, Jeannot l’intrépide possède une
grande valeur historique. Il s’agit en effet du premier long-métrage d’animation français, sorti en 1950 ! Une vraie rareté donc, entièrement restaurée par les archives françaises du
film, et une ressortie bienvenue à l’initiative de Carlotta.
Très colorées et poétiques, les aventures de ce petit bonhommes très courageux séduiront à coup sûr les enfants. Ce cocktail d’aventures et d’action se suit plutôt bien, avec une mention spéciale
aux scènes situées dans Insectville, une superbe cité où vivent abeilles, chenilles et papillons en tout genre. Ces scènes, très drôles de par leur anthropomorphisme très poussé, étant les plus
susceptibles de plaire aux adultes. Malgré quelques longueurs sur la fin, Jeannot l’intrépide est une jolie réussite, à la valeur pédagogique certaine, et dont le charme un brin suranné
suscite une douce nostalgie.

12 jurés, un accusé, et un verdict à prononcer. L'histoire de 12 hommes en colère est connue, la pièce de Reginald Rose ayant été adaptée brillamment par Sydney Lumet pour le chef-d'œuvre que l’on sait. Mais l’intérêt de ce 12 se situe dans son contexte entièrement russe. Comme la pièce d’origine, le film de Mikhalkov dénonce un certains nombres de travers de la société russe, comme le racisme ou l’antisémitisme. Ici, l’accusé est un jeune tchétchène…
Contrairement à la version de Sydney Lumet, Nikita Mikhalkov se permet quelques entorses au principe de
huis-clos et filme plusieurs flashbacks racontant la jeunesse de l’accusé. On voit également celui-ci prostré dans sa cellule… Finalement, ces scènes – souvent lourdes – ne font pas le principal
intérêt de 12, qui trouve toute sa puissance dans le strict cadre du huis-clos. Dans la pièce réservée au jury (un vieux gymnase aménagé pour l’occasion !), chaque membre y va de
son monologue de plusieurs minutes, ce qui donne lieu à d’exceptionnelles performances d’acteurs. Ces joutes verbales, filmées de main de maître, font toute la saveur et l’émotion de ce 12
hommes en colère typiquement russe. Malgré sa durée importante (2 h 30 tout de même), on ne s’y ennuie jamais.

Présenté à Sitges et à Venise, acclamé à Gerardmer, le « premier film de zombies français », réalisé par Yannick Dahan et Benjamin Rocher était attendu au tournant. Malgré de nombreux défauts, souvent inhérents à un premier film, La Horde tient ses promesses : action, gore et humour sont au rendez-vous.
Dans une tour HLM de la banlieue nord de Paris, un groupe de flics ivres de vengeance
sont aux prises avec une bande de gangsters. Ces deux groupes que tout oppose vont devoir pourtant s’allier lorsqu’une horde de zombies investit les lieux… Voilà pour un pitch lorgnant fortement
sur Assaut de Carpenter, à la fois simple et efficace. Tant mieux. Une fois passée une intro calamiteuse tant au niveau de l’interprétation que de la mise en scène (celle-ci a
heureusement été remontée depuis), l’action peut commencer. Au menu, bastons hardcore contre les zombies et dialogues plus que fleuris. Ces derniers, badass à souhait, auraient tout de même gagné
à être un peu plus mesurés. Les flics de Braquo à côté, semblant être en effet de gentils poètes romantiques !
Côté casting, on peut compter sur des vrais « gueules ». Si Jean-Pierre Martins s’avère impressionnant de charisme et de justesse, on ne peut pas en dire autant d’une Claude Perron totalement à côté de la plaque. D’une manière générale, la direction d’acteurs aurait de toute façon pu être mieux maîtrisée. Trop souvent dans l’outrance, l’interprétation fait malheureusement tomber certaines scènes dans le ridicule. Mais La horde peut compter sur Yves Pignot, un comédien issu de la Comédie Française. Son personnage de vétéran de la guerre d’Indochine, iconique et jubilatoire, vaut à lui-seul le coup d’œil !
Bien rythmé et spectaculaire, le premier long de Dahan et Rocher transcende son maigre
budget de trois millions d’euros. Techniquement, le film s’avère plutôt réussi. La photo, contrastée et crépusculaire, est superbe et les effets spéciaux se révèlent plus que corrects, les deux
coréalisateurs se payant même le luxe d’une superbe scène apocalyptique sur les toits de Paris !
La mise en scène, quant à elle, s’avère très bien menée : les cadrages sont recherchés et offrent de nombreux plans iconiques à souhait. On pourra seulement regretter un étonnant abus de shaky cam lorsque l’action accélère.
Fun et bourrine, La Horde est un vrai défouloir. Sans trop en dévoiler, le dernier tiers du film comblera non seulement les fans de Braindead, mais aussi les gamers adeptes de Left 4 Dead ! Des références parfaitement digérées par Dahan et Rocher, qui nous offrent un film transpirant l’amour du cinoche populaire. Un film qui, certes, souffre d’un scénario bordélique et d’une interprétation pas toujours au top, mais qui en donne pour son argent au spectateur. Pas prétentieux pour un sou, et aussi violent que jouissif, La Horde mérite tout le soutien de fans de cinéma de genre. Mais aussi des autres.
Visuels : © Le Pacte
Réalisé par Joe Johnston
Remake du classique de 1941 signé George Waggner, dans lequel l’excellent (mais pas aussi bon que son père)
Lon Chaney Jr endossait le costume du célèbre lycanthrope, ce Wolfman nouvelle génération est, disons-le d’emblée, une franche réussite. Malgré les nombreux soucis de production qu’il a
connu (changement de réalisateur, score de Danny Elfman écarté avant d’être réintégré, sortie maintes fois repoussées, etc.), le résultat final s’avère tout à fait réjouissant. Joe Johnston,
habile faiseur auteur de succès familiaux comme Jumanji ou encore Chéri j’ai rétréci les gosses, signe une mise en scène de haute volée, magnifiée par une photographie gothique
de toute beauté.
Mais la grande force de Wolfman demeure son premier degré totalement assumé. Point
d’humour ni de distanciation à l’égard du genre abordé, comme Le loup-garou de Londres
et Wolf avaient pu le faire auparavant. Au contraire, la mythologie propre à la lycanthropie est ici entièrement respectée. Pleine lune, hurlements nocturnes, malédiction ancestrale,
balles en argent… Tout y est, pour le plus grand plaisir des fans de films fantastiques à l’ancienne ! Ceux-ci risquent d’être encore plus surpris par la violence du long-métrage, pour une
fois totalement rentre-dedans. Gore et sauvage, Wolfman nous réserve notamment une décapitation ainsi que quelques égorgements du plus bel effet ! Pas d’effets numériques ici mais
bien de bons vieux maquillages à l’ancienne, conçus par Rick Baker himself !
Et le casting dans tout ça ? Classe et bien choisi. Anthony Hopkins est génial en vieux
lord sombre et ambigu, et n’a jamais été aussi bon depuis très longtemps. Emily Blunt, bien que son rôle ait l’air d’avoir été raccourci au montage, est également parfaite en jeune femme aussi
aimante qu’inquiète. Benicio del Toro enfin, crève littéralement l’écran. Le choisir pour incarner cet homme frappé du sceau de la malédiction n’était pas forcément évident. L’interprète du Che
livre pourtant une prestation impressionnante, aussi intense qu’élégante. Quant au costume de loup-garou, il le porte à merveille !
Bref, Wolfman aurait tout du film parfait si l’on ne ressentait pas parfois un léger manque d’émotion. Pour un scénario, par ailleurs très bien mené, basé en partie sur une romance entre Talbot (Del Toro) et Gwen (Blunt), il faut reconnaître que c’est un petit peu dommage. Mais difficile de faire la fine bouche devant un film aussi respectueux d’une des mythologies les plus passionnantes du fantastique.
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