Les Yeux sur l'Ecran La passion du cinéma

Après Bronson, faux biopic barré et jubilatoire sur la vie du taulard le plus dangereux d’Angleterre, Nicolas Winding Refn a enfin réalisé le projet qui lui tenait tant à cœur depuis longtemps : Valhalla Rising – Le guerrier silencieux. Le résultat : un trip mystique et métaphysique aussi fascinant que déstabilisant.
Une heure trente durant, on suit les traces de One-Eye, un guerrier borgne et muet, retenu longtemps prisonnier par Barde, un redoutable chef de clan. Ces années de captivité, que l’on devine nombreuses, l’ont endurci à l’extrême, pour finir par le transformer en un guerrier redoutable. Une trajectoire qui n’est pas sans rappeler les jeunes années de Conan le Cimmérien. On le verra, la comparaison s’arrête là. Un jour, One-Eye parvient à s’échapper, ne laissant derrière lui que des cadavres. Il poursuivra sa route, accompagné d’un jeune garçon, jusqu’à entraîner avec lui plusieurs guerriers vikings vers une destination inconnue…
Sous les traits de ce guerrier iconique, on retrouve l’immense
Mads Mikkelsen, qui renoue depuis Pusher avec le cinéaste qui l’a révélé. Aussi mutique qu’intense, l’acteur livre une prestation impressionnante, sans jamais ouvrir la bouche. Une
performance magnifiée par la mise en scène de NWR, d’une puissance incroyable. Tourné le plus souvent à l’épaule, Le guerrier silencieux bénéficie de cadrages ultra recherchés, d'une
photographie sublime ainsi que de choix formels réellement audacieux. Le montage alterné est d’une habileté à toutes épreuves et l’on se souviendra longtemps des visions de One-Eye, baroques et
tourmentées.
Le cinéaste colle littéralement à ses personnages et les place au milieu d’une nature filmée avec une égale virtuosité. L’ensemble est magnifié par un traitement sonore au diapason : la musique synthétique, quasi industrielle et aux basses puissantes, immerge le spectateur dans une ambiance pesante et hypnotique.
L’ensemble, avouons-le, relève du suicide commercial pur et
simple. Lent et contemplatif, souvent abscons, Le guerrier silencieux risque fort de s’aliéner la moitié du public et de la critique. Qu’importe. Suivre ces guerriers, aux visages
hagards, perdus au cœur des montagnes, les voir recroquevillés dans leur bateau au milieu de la brume, mourant de faim et de soif, est une expérience à bien des égards fascinante et qui rappelle
le chef-d’œuvre de Werner Herzog, Aguirre, la colère de Dieu.
Bref, ceux qui espéraient des combats épiques à la Braveheart risquent d’être bien déçus. Les autres, quant à eux, se délecteront de cette ambiance mystique et déliquescente, parsemé à quelques occasions d’éclats de violence à la brutalité inouïe. Le Guerrier silencieux est donc une œuvre exigeante, dont les fulgurances visuelles et l’audace forcent le respect.
Visuels : © Le Pacte

Du casting quatre étoiles en passant par le nom de Jim Sheridan à la réalisation, tout concourait à ce que ce
Brothers soit une franche réussite. Raté. Il faut dire que sur le thème du difficile retour du soldat au pays , il est bien difficile de passer
derrière de véritables chefs-d'oeuvres comme Voyage au bout de l'Enfer, Taxi Driver ou même Le mort-vivant de Bob Clark. Confronter une
famille américaine lambda aux affres de la guerre d'Afghanistan était pourtant une bonne idée. Si Jack Gyllenhaal s'en sort très bien dans son rôle de vilain petit canard de la famille, il n'en
est pas de même pour une Natalie Portman fade et peu crédible en épouse meurtrie. Heureusement, Sam Shepard relève le niveau et campe un père vétéran de l'armée impressionnant de dureté et de
fragilité à la fois. Quant à Tobey Mc Guire, il faut avouer qu'il signe une prestation honnête mais trop forcée dans l'émotion pour la trouver totalement crédible. Les relations entre les deux frères s'avèrent tout de même finement écrites et constituent le vrai point fort du
long-métrage. Un bien piètre lot de consolation, devant un film qui s'embourbe trop rapidement dans les clichés et le mélodrame larmoyant. Dommage.

Guy Ritchie à la réalisation d’un nouveau Sherlock Holmes ? On pouvait craindre le pire. Encensé au début de sa carrière avec des œuvres aussi sympas qu’Arnaques, crime et botanique et Snatch, le cinéaste britannique a progressivement sombré dans le grand n’importe quoi. Lui confier le mythe Sherlock Holmes relevait ainsi de la gageure. Comme on se trompait ! Relecture moderne de la légende du plus grand détective de tous les temps, ce Sherlock Holmes new-look se révèle un excellent divertissement, aussi sincère que fun et généreux.
Les puristes grinceront peut-être des dents, Holmes revêtant ici des
aspects plutôt inhabituels. Finis en effet le célèbre chapeau de chasse à carreaux ainsi que le fameux « Elémentaire mon cher Watson » ! Ritchie et son équipe ont en effet souhaité
offrir une vision modernisée du détective de Conan Doyle, Holmes étant ici non seulement un maître en arts-martiaux, mais aussi un marginal porté sur la débauche et quelque peu asocial. Des
éléments qui n’étaient pas présents dans les anciennes adaptations mais qui font tout le sel de cette version amusante et spectaculaire.
Dans le rôle-titre, on retrouve un Robert Downey Jr. tout bonnement génial. Fantasque, extraverti et doté d’une ironie permanente, l’acteur s’en donne à cœur joie et semble s’amuser autant que le spectateur. A ses côtés, Jude Law incarne brillamment un docteur Watson aux antipodes du second couteau débonnaire des précédentes adaptations. Ici, Watson n’est pas le faire-valoir de Holmes, mais bien un partenaire de premier plan, avec qui le détective doit compter. A l’écran, la complicité de ces deux grands acteurs fait réellement plaisir à voir. Leur complémentarité s’avère d’ailleurs le gros point fort du long-métrage et donne lieu à des scènes irrésistibles. A noter également, la prestation mémorable de Mark Strong, impressionnant dans le rôle de Lord Blackwood, un vrai méchant machiavélique au possible !
Techniquement, le film tient bien la route. La reconstitution du
Londres victorien est magnifique, et bénéficie d’une production design fort bien maîtrisée. Derrière la caméra, Ritchie signe une mise en scène dynamique et percutante, sans céder aux
sirènes du tape-à-l’œil.
Malgré un scénario parfois assez prévisible (on sent venir certaines péripéties à des kilomètres) et quelques seconds rôles ne servant pas à grand-chose, cette histoire somme toute classique se suit bien et bénéficie d’un rythme enlevé mêlant parfaitement humour et action. Hans Zimmer, de son côté, signe une bande-son aux sonorités étonnantes et franchement très réussie.
Bref, sans être un chef-d’œuvre, Sherlock Holmes est l’exemple typique du blockbuster bien fichu, amusant et qui ne se moque pas de ses spectateurs. On attendra donc le second volet avec impatience.
© Warner Bros. France / Alex Bailey
Dix ans déjà. Après le très bon Sixième Sens, M. Night Shyamalan confirmait l'essai et signait un grand thriller fantastique en livrant une vision toute personnelle de l'univers
des Comic Books. Mise en scène remarquable et interprètes au top : deux raisons supplémentaires de (re)découvrir ce soir cette oeuvre passionnante.
Encensé par tous depuis Thank you for Smoking et le surestimé Juno, Jason Reitman semble
avoir trouvé la formule magique pour contenter aussi bien le public que les critiques. In the Air ne déroge pas à la règle. Ambiance éthérée et douce-amère, morceaux indie-pop à la mode
et héros cynique permettant de jouer la carte du politiquement incorrect. Malgré la présence d’un personnage de consultant cynique spécialisé dans l’art (si l’on peut dire) du licenciement
(George Clooney), la charge politique sous-jacente ne s’avère pas bien mordante. Reitman, en situant son intrigue dans le contexte de la crise économique gravissime qui a récemment frappé les
Etats-Unis, surfe seulement sur l’air du temps. Tout au long du film, Ryan Bingham (Clooney donc) ne remet jamais en cause les principes de son métier, mais seulement la façon de le pratiquer.
Virer des gens d’accord, mais pas par écrans interposés, comme le propose justement une nouvelle cadre aux dents longues (Anna Kendrick).
Bref, malgré quelques séquences bien senties tournant autour d’entretiens
de licenciements, le long-métrage se drape rapidement des atours convenus de la comédie romantique. Bingham, qui passe en effet tout son temps en voyage, adore ce style de vie. Etre seul, loin de
sa famille, est pour lui la meilleure façon de vivre. Jusqu’au jour où il rencontre une ravissante femme d’affaires (Vera Farmiga, épatante) qui partage son goût pour l’indépendance et les
relations sans lendemain. Dès lors, Bingham commence à ressentir le besoin d’être entouré…

Reitman en profite ainsi pour asséner une morale pour le moins prévisible : la famille plutôt que la
solitude. Rien de bien subversif donc, même si le cinéaste a la politesse de nous épargner le traditionnel happy-end.
Malgré ces quelques bémols, In the Air est tout de même une comédie plaisante, et qui se révèle surtout pertinente pour dénoncer les travers d’une société paradoxalement déshumanisée par
un trop-plein de moyens de communication.
George Clooney est comme à son habitude impeccable et les seconds rôles ne sont pas en reste. La mise en scène demeure quant à elle sans grandes idées, pour ne pas dire faiblarde. Un petit
divertissement parfait pour un dimanche pluvieux donc, mais loin, très loin du grand film annoncé. C’est sûr, In the Air ne vous fera pas monter au septième ciel…
Visuels : © Paramount Pictures France
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