Les Yeux sur l'Ecran La passion du cinéma

Après les succès planétaires du Seigneur des Anneaux et King Kong, Peter Jackson revient aux affaires avec Lovely Bones, un drame fantastique dans la lignée de Créatures célestes. Malheureusement, la déception est plutôt de mise. Explications.
S’il y a un cinéaste qu’on ne peut accuser de cynisme, c’est bien Peter Jackson. Qu’il œuvre dans le blockbuster ou les films plus intimistes, le cinéaste fait preuve d’une réelle sincérité, que
ce soit à l’égard de ses scénarii, de ses personnages ou des univers qu’il adapte. Lovely Bones, adaptation de La nostalgie de l’ange d’Alice Sebold, ne déroge pas à la règle. Il y avait
la volonté de bien faire pour relater de la meilleure façon possible la tragique histoire de Susie, une jeune fille assassinée qui observe sa famille depuis l’au-delà, avant de tenter de les
aider à retrouver son meurtrier. Las, la bonne volonté ne fait pas tout.
Peter Jackson qui tenait pourtant là un matériau en or, se révèle
paradoxalement incapable de donner un équilibre à cet étrange mélange de drame, de comédie romantique, de thriller et de fable fantastique. Le film est en permanence sur la corde raide : on
passe brusquement d’une séquence magnifique à une autre d’un kitsch hallucinant. Un reproche surtout valable pour la représentation de l’ « entre-deux-mondes », alternant aussi
bien entre des images d’une inventivité folle, et d’autres à l’esthétique publicitaire d’une laideur hallucinante. Quand on pense que les effets spéciaux sont signés Weta (oui, la boîte qui a
participé à Avatar !), il y a de quoi se
poser quelques questions…
C’est d’autant plus dommage que l’on sent bien que Peter Jackson
croit en son histoire et ses personnages. Ces derniers sont très bien mis en valeur par une mise en scène une fois encore superbe. Rien à redire de ce côté-là, la caméra du cinéaste néozélandais
est d’une fluidité à toutes épreuves et nous offre de très beaux cadrages.
Côté casting, pas grand-chose à reprocher non plus. Mark Walhberg, déjà très bon chez James Gray, s’en sort parfaitement dans son rôle de papa dévasté par la mort de sa petite fille. Mais s’il y
a un acteur qui sort du lot, c’est bien Stanley Tucci, incroyable en voisin pervers et psychopathe. Les séquences le mettant en scène s’avèrent d’ailleurs les plus réussies et allient suspense et
angoisse de fort belle manière.
Malgré tout, il faut bien avouer que Lovely Bones ennuie un peu et
peine à susciter beaucoup d’émotions, si ce n’est une mièvrerie latente qui n’était pas forcément le but recherché. Si l’on ajoute à cela un rythme franchement déséquilibré et une fin qui frôle
le ridicule, on obtient un film certes plein de bonnes intentions mais à demi raté. Une grosse déception donc, à la hauteur du talent de ce cinéaste attachant qu’est Peter Jackson.
Réalisé par Nabil Ben YadirLeurs chaussures sont neuves à force de ne pas s’en servir. Ils possèdent une BMW, mais à huit. Ils ont un quota de pas à ne pas dépasser de peur de se fatiguer trop vite et de ne pas vivre assez longtemps. Bref, ce sont des glandeurs. Des glandeurs, certes, mais des glandeurs sympas. Ce sont les barons. Il y a Aziz, qui traîne ses guêtres (pardon ses baskets) devant l’épicerie. Mounir, quant à lui, a trouvé le bon filon en provoquant des défauts de priorité à droite. Et puis il y a Hassan, le rigolo. Il aimerait bien faire du rire son métier malgré la pression subie par son père, qui le verrait bien en conducteur de bus. En cachette, il fait quelques one-man-shows dans un petit cabaret.
Ce microcosme de la banlieue bruxelloise nous est conté par Nabil Ben Yadir, qui signe son premier long-métrage. Une histoire largement autobiographique que le cinéaste parsème
d’anecdotes et de private-jokes souvent très drôles.
Cette chronique sociale douce-amère est filmée dans un joli scope, là où l’on aurait pu craindre des cadres tremblotants et granuleux shootés caméra à l’épaule. Bien servie par des interprètes au top, cette comédie montre avec intelligence comme il est difficile de vouloir quitter son quartier et les codes qui vont avec.
Malgré un rythme parfois déséquilibré (certaines situations traînent un peu en longueur), Les barons tire son épingle du jeu grâce à la finesse de ses dialogues et des personnages vraiment attachants. Un premier film définitivement sympathique.
Visuels : © Haut et
Court

20 jours de tournage et un budget riquiqui de 3 millions de dollars : le voilà le vrai film grindhouse ! Entre délire parodique et hommage sincère à la Blaxploitation, Black Dynamite, en dépit de quelques longueurs, demeure efficace et drolatique de bout en bout. Tourné comme à la grande époque (image sale et faux raccords sont de la partie), le premier long-métrage de Scott Sanders offre évidemment une bande-son funky à souhait. Les acteurs s’en donnent à cœur joie, certains surjouent allégrement, et tous semblent réellement s’éclater à endosser ces rôles borderline.
Si la mise en scène n’est pas toujours parfaite (on se demande si certaines erreurs sont volontaires), la
photo est en revanche magnifique et possède une patine seventies bigrement classe !

Michael Jay White, dans le rôle-titre, est d’un charisme hallucinant. Magnum de Dirty Harry dans une main, nunchaku dans l’autre, l’acteur castagne avec bonheur des méchants tout droit sortis d’une bande dessinée ! La coupe afro impeccable, la moustache frémissante et les muscles saillants, ce personnage d’ancien agent de la CIA bien décidé à venger son frangin et à nettoyer la ville des criminels, ne pouvait rendre un plus bel hommage à ces deux acteurs martiaux et emblématiques de la Blaxploitation que sont Jim Kelly et Jim Brown.
Bref, si vous avez été biberonnés à Shaft, Coffy, Black Belt Jones et autres Superfly, ne passez pas à côté de ce divertissement certes fauché et imparfait, mais tourné avec une sincérité qui fait réellement plaisir à voir. Quant au scénario, il demeure suffisamment délirant pour gagner la complicité de tout bon spectateur déviant ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire…
Visuels : © Pretty Pictures

Réalisé par Jaco van Dormael
Année de production : 2009
Avec Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger...
Verdict : 16/20
Mr. Nobody. Derrière se titre quelque peu énigmatique se cache non pas un personnage, mais une multitude. Ce monsieur Personne est à la fois vous, moi, tout le monde ou n’importe qui. Il vit plusieurs existences, selon le choix qu’il aurait fait étant enfant. Pris dans l’étau de ses deux parents en rupture, lequel va-t-il choisir ? De sa décision découlera plusieurs existences, certaines plus heureuses, d’autres beaucoup moins. Avec en filigrane, le message suivant : chaque vie, quelle qu’elle soit, mérite d’être vécue.
Avec seulement trois films en 18 ans, Jaco van Dormael (Toto le héros, Le huitième jour) est un
cinéaste qui se fait rare. Rare et précieux, son Mr. Nobody l’est tout autant. Loin d’être un exercice de style un peu vain, cette fable fantastique nous emporte dans un tourbillon
d’émotions.

Le pari était pourtant risqué : narration éclatée en multiples histoires, flashbacks incessants, aller-retours passé-présent-futur omniprésents, théories philosophiques à tout va… Il y avait de quoi perdre le spectateur en route ! Et pourtant ça marche. Loin d’être hermétique, Mr Nobody parle au cœur de tout un chacun en traitant de thèmes universels. L’amour, le destin, la vieillesse, la mort ou encore l’identité : le long-métrage ne répond pas forcément à toutes ces questions mais prend un plaisir certain à les aborder.
En ce sens, le film de Jaco van Dormael est proche d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel
Gondry. Sur la forme, on y trouvera un sens de l’image et du cadre similaires, sans oublier un montage à l’habileté redoutable. Mr. Nobody flatte la rétine, c’est
indéniable.

Les acteurs ne sont pas en reste. Jared Leto est aussi impeccable en jeune papa qu’en vieillard décharné et râleur. Il endosse ces multiples rôles avec une justesse et une simplicité à toute
épreuve. Diane Kruger, quant à elle, s’avère très attachante en jeune fille insouciante, rebelle et emplie d’une indéfectible passion. Ce ne sont là que deux interprètes au centre d’un casting
impérial plongé au cœur d’une histoire passionnante.
Sincère, complexe et touchant, Mr Nobody est un grand moment de cinéma. Son hallucinante maîtrise scénaristique et sa beauté à couper le souffle ne sont pas prêtes d’être oubliées de sitôt.
Visuels : © Pathé Distribution
Grand Prix au dernier festival de Cannes, le long-métrage carcéral de Jacques Audiard (Sur mes lèvres, De battre mon coeur s'est arrêté) débarque en DVD, DVD
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