Jeudi 4 février 2010
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08:09
Réalisé par Nicolas Winding Refn
Année de production : 2009
Avec Mads Mikkelsen, Maarten Steven, Jamie Sive...
Sortie le 10 mars 2010
Verdict : 17/20
Après Bronson, faux biopic barré et jubilatoire sur la vie du taulard le plus dangereux d’Angleterre, Nicolas Winding Refn a enfin réalisé le projet qui lui tenait
tant à cœur depuis longtemps : Valhalla Rising – Le guerrier silencieux. Le résultat : un trip mystique et métaphysique aussi fascinant que déstabilisant.
Une heure trente durant, on suit les traces de One-Eye, un guerrier borgne et muet, retenu longtemps
prisonnier par Barde, un redoutable chef de clan. Ces années de captivité, que l’on devine nombreuses, l’ont endurci à l’extrême, pour finir par le transformer en un guerrier redoutable. Une
trajectoire qui n’est pas sans rappeler les jeunes années de Conan le Cimmérien. On le verra, la comparaison s’arrête là. Un jour, One-Eye parvient à s’échapper, ne laissant derrière lui que des
cadavres. Il poursuivra sa route, accompagné d’un jeune garçon, jusqu’à entraîner avec lui plusieurs guerriers vikings vers une destination inconnue…
Sous les traits de ce guerrier iconique, on retrouve l’immense
Mads Mikkelsen, qui renoue depuis Pusher avec le cinéaste qui l’a révélé. Aussi mutique qu’intense, l’acteur livre une prestation impressionnante, sans jamais ouvrir la bouche. Une
performance magnifiée par la mise en scène de NWR, d’une puissance incroyable. Tourné le plus souvent à l’épaule, Le guerrier silencieux bénéficie de cadrages ultra recherchés, d'une
photographie sublime ainsi que de choix formels réellement audacieux. Le montage alterné est d’une habileté à toutes épreuves et l’on se souviendra longtemps des visions de One-Eye, baroques et
tourmentées.
Le cinéaste colle littéralement à ses personnages et les place au milieu d’une nature filmée avec une égale
virtuosité. L’ensemble est magnifié par un traitement sonore au diapason : la musique synthétique, quasi industrielle et aux basses puissantes, immerge le spectateur dans une ambiance
pesante et hypnotique.
L’ensemble, avouons-le, relève du suicide commercial pur et
simple. Lent et contemplatif, souvent abscons, Le guerrier silencieux risque fort de s’aliéner la moitié du public et de la critique. Qu’importe. Suivre ces guerriers, aux visages
hagards, perdus au cœur des montagnes, les voir recroquevillés dans leur bateau au milieu de la brume, mourant de faim et de soif, est une expérience à bien des égards fascinante et qui rappelle
le chef-d’œuvre de Werner Herzog, Aguirre, la colère de Dieu.
Bref, ceux qui espéraient des combats épiques à la Braveheart risquent d’être bien déçus. Les
autres, quant à eux, se délecteront de cette ambiance mystique et déliquescente, parsemé à quelques occasions d’éclats de violence à la brutalité inouïe. Le Guerrier silencieux est donc
une œuvre exigeante, dont les fulgurances visuelles et l’audace forcent le respect.
Visuels : © Le Pacte
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