
Réalisé par Clint Eastwood
Année de production : 2009
Avec Morgan Freeman, Matt Damon...
Verdict : 12/20
Pour son trentième long-métrage, Clint Eastwood part en Afrique du Sud à un moment-clé de son Histoire. En
1994, Nelson Mandela est élu à la présidence et suscite un immense espoir. Du moins chez les Noirs du pays. Chez les Blancs, l’enthousiasme se révèle beaucoup moins prégnant. L’Apartheid est
terminé, mais l’Afrique du Sud doit panser ses plaies. L’heure de la réconciliation est venue. Mandela mise alors sur le rugby et sa si contestée équipe des Springboks. Pour le leader de la
Nation arc-en-ciel, seule une victoire à la coupe du monde organisée à domicile l'an prochain permettra enfin de faire naître l’osmose. Réunir tout un peuple autour du rugby, le pari est fou,
mais avec l’aide de François Pienaar (Matt Damon), capitaine des Boks, il sera mené à bien.

De l’humanisme aux bons sentiments, il n’y a qu’un pas et Eastwood l’a malheureusement franchi. Ce sujet propice aux grands élans d’émotion, le réalisateur vétéran le mène d’une façon très
efficace mais est loin de rendre une copie parfaite. La faute à quelques scories de mise en scène (on pense à la visite par Pienaar de la geôle de Mandela, où le leader sud-africain apparaît
alors en transparence : quelle faute de goût !) et à certains choix musicaux horribles. Quant au final, attendu, impossible de ne pas le trouver un peu forcé.
Malgré ces quelques bémols, Eastwood délivre une narration très habile. En décrivant les tensions au sein
même de l’équipe de sécurité de Mandela, qui mêlait à dessein gardes du corps noirs et blancs, il parvient à montrer l’état de tout un pays. Bien joué. Même chose pour l’évocation de la famille
de François Pienaar, qui montre bien le pessimisme et l’inquiétude de plusieurs Blancs de l’époque face aux changements politiques de leur pays.
Mais si Invictus mérite d’être vu, c’est bien pour la prestation de Morgan Freeman, qui a rarement
été aussi bon. Tirant parti de sa ressemblance physique avec « Madiba », l’acteur parfait le trait en imitant à merveille l’accent du président. Surtout, grâce à un jeu tout en finesse,
mêlant calme, autorité et bonhomie, Freeman parvient sans mal à montrer toute la sagesse de Mandela. Interpréter une telle figure de l’Histoire n’était pas aisé et on peut lui tirer un grand coup
de chapeau.
Face à lui, Matt Damon s’en tire très bien et s’avère parfaitement crédible en capitaine-courage des Springboks.
Invictus est donc loin d’être honteux et possède un souffle épique certain, grâce notamment à des
scènes de rugby superbement filmées qui raviront les amateurs de ballon ovale. Dommage qu’Eastwood s’embourbe par endroits dans un manque de subtilité qu’on ne lui connaissait pas. On aurait
également aimé connaître d’autres facettes de Mandela et pas uniquement son goût stratégique pour le rugby. De sa politique socio-économique, on ne saura rien.
Bref, Invictus n’est pas un chef-d’œuvre, juste un film agréable. Mais face à une oeuvre signée Clint Eastwood, difficile de ne pas espérer l’excellence ! C’est sûr, ce sera pour le
prochain.
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