Interviews

Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 20:19
http://sd-1.archive-host.com/membres/images/39163112315280740/amer_1.jpgVénéneux et sensoriel, Amer est une expérience aussi déroutante que fascinante. Rencontre avec les deux réalisateurs de ce véritable objet filmique non identifié, Hélène Cattet et Bruno Forzani.

Vous racontez cette histoire en rendant hommage au giallo. D’où vient, justement, votre passion pour le giallo ?

Bruno Forzani : j'ai découvert ce genre quand j’étais ado. Je regardais des films d’horreur. Ce genre a été un peu comme une révélation par rapport aux films américains que je trouvais souvent répétitifs. Le giallo était une autre approche du film de genre. Et je suis tombé amoureux du cinéma de genre italien dès que j’ai découvert le cinéma de Dario Argento, notamment avec Ténèbres, le premier que j’ai vu. Après, quand j’ai voulu faire des films, je me suis dit que c’était le cinéma qui m’intéressait le plus dans le sens où il y a à la fois un côté divertissant et ludique et un côté expérimental. Dans le giallo, les séquences de meurtre et les séquences érotiques sont toujours très travaillées.

Hélène Cattet : et du coup, c’est Bruno qui m’a fait découvrir le giallo quand on s’est rencontrés il y a dix ans. J’ai immédiatement accroché au côté hyper inventif de la mise en images. Ce sont des films très audacieux, dans lesquels souffle un vent de liberté. Je n’avais jamais vu ça !


Bruno :
dans le giallo, il y a toute une grammaire autour du corps lacéré, érotisé, autour du désir, de la tension sexuelle... Par rapport au sujet qu’on voulait traiter dans notre film, à savoir la découverte du corps et du désir, on trouvait ainsi que le giallo était le langage le plus approprié.

 

Il y a également des aspects très psychanalytiques dans Amer…

Hélène : il y a effectivement un côté très introspectif. On essaie d’écrire de manière un peu inconsciente ; on tente de faire remonter des sensations de souvenirs, des émotions qu’on traduit ensuite par le son et l’image. Il y a donc des émotions que l’on fait remonter, mais que l’on place dans un contexte très particulier. Ce n’est pas du tout autobiographique en tout cas ! http://sd-1.archive-host.com/membres/images/39163112315280740/amer_2.jpg

Le premier tiers du film dans la villa plus fait penser à Suspiria qu'à un véritable giallo…

Bruno : tout à fait. Pour la première partie, on a voulu convoquer le film gothique italien. On dit à chaque fois que ces films sont des contes d’enfants pour adultes. Nous avons choisi  d’y mettre cette fois une petite fille. Si je ne me trompe pas, Argento voulait d’ailleurs faire Suspiria avec des enfants. La première partie d’Amer est également inspirée par La goutte d’eau de Mario Bava, un des segments Des trois visages de la peur. On a voulu faire une goutte d’eau version free jazz pour partir ensuite dans tous les sens ! (rires)

 

A part Suspiria, j’ai également pensé à Inferno mais aussi à l’Au-delà de Lucio Fulci… Ce sont des références que vous assumez ?

Bruno : ah oui complètement, à 100 % ! Concernant Inferno, au niveau de l’écriture, on s’est vraiment basés sur la manière dont Argento avait écrit le film, au niveau de l’inconscient et des associations d’idées.

 

Dans la mise en images et le traitement sonore très particuliers, on pense aussi aux œuvres de Kenneth Anger…

Hélène : (hésitante) mmmhh… C’est un peu malgré nous en fait. On l’a découvert peu après avoir commencé nos courts-métrages. C’est vrai que lorsqu’on a vu Scorpio Rising, on a trouvé ça terrible. Mais c’est une influence vraiment inconsciente.

 

S'il y a une scène dans Amer qui renvoie directement au giallo, c'est bien la séquence de meurtre, assez grâtinée d'ailleurs…

Hélène et Bruno : (rires) et ça t’a plu ?

 

Oui, beaucoup ! Même si finalement, elle est assez différente du giallo en tant que tel, sachant qu’ici, elle s’éternise un peu…

Bruno : effectivement. En fait, c’est un peu tout ce qu’on aime dans le giallo qu’on a étiré. C'est-à-dire que dans notre mémoire, les séquences de meurtres étaient toujours très longues ce qui n’est en fait pas le cas. Quand tu les revoies, tu t’aperçois qu’elles se composent en fait de 2-3 plans maximum.


Et à l’instar de Dario Argento, c’est le metteur en scène qui a tenu le rasoir ?

Bruno : ben… là ouais !

(éclats de rires général) Comme c’était en super gros plan et qu’il fallait être très précis, j’ai préféré le faire moi-même !
Hélène : ça t’a fait plaisir… (rires)
Bruno : oui… Et puis on avait pris un retard infernal…
Hélène : c’était une journée effets spéciaux un peu galère...
Bruno : on a dû en effet pas mal improviser et il fallu aller super vite, donc ça s’est fait comme ça. Mais ma volonté n’était pas de me faire un petit plaisir à la Dario Argento…
Hélène : mais bon il l’a fait avec plaisir quand même ! (rires)

http://sd-1.archive-host.com/membres/images/39163112315280740/amer_3.jpg Parlez-nous de la scène de la baignoire...

Bruno : à la base, il y a toujours dans le giallo une séquence de baignoire. Nous avons donc voulu faire la nôtre et l’idée de l’onanisme s’est imposée. Nous voulions une séquence d’onanisme originale, qui sorte des sentiers battus.
Hélène : l’idée était de prendre des moments-clés du giallo et de les détourner de manière à pouvoir parler du personnage.

 

Comment l'idée du scénario vous est-elle venue ?

Bruno : tout est parti de la seconde partie sur l’adolescence avec la découverte du corps, l’éveil à la sensualité. Mais on ne pouvait pas étirer ce segment sur une heure trente au risque d'être trop rasoir. L'idée est donc venue de développer cette thématique à trois moments de la vie d'une fille. L'enfance et l'âge adulte sont alors venus se greffer au scénario.


Le travail de montage est très recherché. Comment avez-vous procédé ?

Hélène : c'est le résultat de 9 mois de préparation très intense. Quand on a su qu’on allait avoir un petit budget (680 000 €, NdR), on a dû préparer au maximum le tournage, sachant qu’on voulait faire un film avec un minimum d’ambition. Comme on avait déjà fait quatre courts-métrages sans budget, on avait une manière de travailler avec notre équipe plutôt efficace. On se connaît bien. Il y a donc eu une grosse préparation en amont, afin d’éviter les imprévus. Lors de la phase préparatoire, on a essayé plein de petites choses au niveau de la réalisation.

Il faut savoir que notre façon de travailler fait que lorsqu’un plan ne fonctionne pas, toute la séquence est bonne pour la poubelle. C’est comme un puzzle, on met toutes les pièces les unes à côté des autres. Nous avons donc tout storyboardé. Cette ligne directrice a permis au monteur de se retrouver dans les 900 plans que compte le film.

Bruno
: du coup, on a réussi à faire le montage en 10 semaines ce qui aurait été impossible si on n’avait pas procédé de la sorte.

 

L'ambiance sonore est également très importante dans Amer. Le travail de postproduction a dû être énorme…

Hélène : tout à fait, d'autant que nous avons tourné sans prise de son directe.

Bruno : sauf pour les séquences dialoguées mais comme il n’y en avait pas beaucoup…

Hélène : on a donc tout recréé en postproduction et cela a mis un temps phénoménal. C’était un véritable travail de fourmi. Mais nous avions déjà pas mal d’éléments dans le scénario : durant l’écriture, on a pensé aux images, mais aussi au son, ce qui nous a aidé.

 

On retrouve dans la bande originale des morceaux de Bruno Nicolaï, d'Ennio Morricone... Pourquoi avoir utilisé des musiques déjà existantes ?

Hélène : tout simplement parce qu’on adore ces bandes-son. A la maison, on écoute plein de B.O de ces films-là. Il y avait quelques disques qui tournaient en boucle quand on écrivait le scénario et au bout d’un moment, ça nous a influencé dans l’écriture. Ça nous donnait des idées, ça nous imposait un rythme. Et à un moment, on ne pouvait plus s'en séparer. On a donc voulu à tout prix les incorporer dans le film.

Bruno
: oui, ce sont des musiques vraiment magnifiques, malheureusement un peu tombées dans l’oubli. Je pense donc qu’on peut se permettre de les réutiliser. Certaines ont d’ailleurs été utilisées dans d’autres films avant le nôtre. Les employer à l’heure actuelle, au premier degré, c’était aussi un challenge car à une ou deux images près, ça peut devenir comique. Il fallait donc vraiment trouver l’équilibre. Il y a un jeu de contrepoint qui était assez chouette à faire et ça permettait aussi  de concrétiser cet univers rétro mais intemporel qu’on cherchait à mettre dans le film. http://sd-1.archive-host.com/membres/images/39163112315280740/AMER6.jpg
« Un film trop compréhensible ne peut pas faire un film très intéressant. Pour faire une bonne histoire, il faut plonger dans l’inconscient ». C’est une citation de cinéaste qui correspond très bien à Amer…

Bruno : mais qui a dit ça ??

Miyazaki...

Hélène et Bruno : excellent !

Hélène : c’est intéressant en tout cas car on s’est également inspirés de mangas et notamment de Satoshi Kon, avec sa démarche de mettre plusieurs degrés de lecture dans ses films.
Bruno : dans nos influences, il y a vraiment l’Italie et le Japon.
Hélène : on aime beaucoup les pinku eiga (films érotiques nippons, NdR).
Bruno : et également les films de Kenji Misumi (Baby Cart). Au niveau du montage et de la mise en scène, on adore Baby Cart 2 par exemple.


Amer a suscité des réactions très tranchées… Certains ont même affirmé que le film aurait plus sa place dans une galerie d’art qu’au cinéma. Qu’en pensez-vous ?

Hélène : (remontée) Je me dis plusieurs choses. Amer est un film qui utilise le langage cinématographique. Alors pourquoi sa place ne serait pas au cinéma ? Franchement ça me tue ! Après, je pense que le cinéma de genre doit couvrir un large spectre, avec des films plus ou moins mainstream que d’autres. C’est sûr qu’on ne s’adresse pas forcément à un public comptant des millions de spectateurs, mais il y a au moins un public pour ce genre-là. Et puis je trouve sain que le cinéma de genre conserve sa diversité.
Bruno : de toute façon, tu ne peux pas plaire à tout le monde. Alors quand tu pars de ce postulat, tu essaies de faire le film qui te ressemble le plus.
Hélène : au moins le film ne laisse pas indifférent et c'est le principal !


Vos projets pour la suite ?

Bruno : un giallo ! Comme par hasard… (rires)
Hélène : il s’agira du pendant masculin de Amer. On aimerait le tourner à Bruxelles et on compte cette fois explorer un peu plus les aspects enquête du giallo.
Bruno : on espère que ça se fera.

Propos recueillis par Jérôme Béalès.

 

Merci à Karine Durance, Hélène Cattet et Bruno Forzani pour leur accueil chaleureux et leur sympathie.

Par Jérôme Béalès - Publié dans : Interviews - Communauté : Cinéma et culture alternative
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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 14:30

Safari, la dernière comédie d'Olivier Baroux, sortira le 1er avril. Le réalisateur retrouve pour l'occasion son compère des planches Kad Merad. L'équipe du film était à Toulouse il y a quelques jours pour en assurer la promo. Rencontre.


Comment est née l'idée de Safari ?

Olivier Baroux : lorsqu'on écrit une comédie, on cherche une situation susceptible de faire rire. L'idée de plusieurs touristes embarqués dans un safari n'avait encore jamais été exploitée en France. Je me suis dit que cela pouvait donner quelque chose de très drôle.


Y a-t-il une part de vécu ?

O.B : J'ai effectivement eu la chance de faire un safari en Afrique du Sud. C'était une expérience très sympa. Et contrairement à Richard Dacier (personnage interprété par Kad Merad, ndr), les guides étaient très pros !


Comment s'est constitué le casting ?

O.B : Le plus naturellement du monde. Les affinités entre les acteurs y ont été pour beaucoup. Vu que nous les embarquions pour un tournage de deux mois en Afrique du Sud, il fallait que tout le monde s'entende bien.


Comment s'est passé le tournage avec les animaux sauvages ?

Lionel Abelanski : J'étais très flippé ! Heureusement, nous avions la chance d'avoir sur le plateau un des plus grands dresseurs du monde.

O.B : En effet, son travail a été déterminant. Pour la scène où le lion attaque la jeep du groupe, Jim (le dresseur, ndr) tenait un bâton avec un morceau de viande au bout. Un véritable travail de précision !

Kad Merad : Et quand on se souvient de l'épaisseur des vitres de la voiture, on n'était vraiment pas rassurés. Personnellement, j'étais terrorisé !


Olivier, de Jurassic Park en passant par Indiana Jones, Safari contient un certains nombre de références...

O.B : Oui, on m'a souvent fait la remarque. Mais je n'ai pas voulu faire un film dans le seul but de mettre des références dedans. Si celles que vous avez citées étaient écrites dans le scénario, d'autres sont involontaires. Après, c'est certain, on est toujours plus ou moins influencé par notre cinéphilie et cela peut se retrouver dans notre travail.


Et côté comédie, quelles sont vos préférences ?

O.B : J'adore les Monty Python ainsi que les comiques américains actuels comme Ben Stiller, Jack Black, Steve Carrell...


Kad, on vous a vu dernièrement aux Oscars en compagnie d'Olivier. Alors, vos impressions ?

K.M : C'est une ambiance vraiment différente des Césars. Aux États-Unis, la cérémonie des Oscars est un spectacle permanent. Ceux qui l'animent donnent tout pour le spectateur. Tout le contraire de la France, où les gens du métier se prennent très au sérieux...


Olivier, un dernier mot sur Safari : ce qui frappe dans votre film, c'est que contrairement à beaucoup de comédies françaises, la mise en scène et l'esthétique n'ont pas été laissées de côté...

O.B : Merci, c'est très gentil ! Effectivement, j'ai voulu faire un film visuel. C'est ce qui manque à beaucoup de comédies, filmées de manière étriquée... Comme le dit Richard Dacier au début du film, je souhaite que le spectateur « en prenne plein la tête ».


Texte et photos : © Jérôme Béalès.


Par Jérôme Béalès - Publié dans : Interviews - Communauté : Cinéma
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